Bénin : Un retour à la démocratie n’est pas en vue 

de Katrin Gänsler

Données préalables et courte caractérisation

Ancienne colonie française, le Bénin accède à l’indépendance le 1er août 1960 comme la République du Dahomé (Dahomey). La capitale est la ville de Porto-Novo, toutefois, c’est la ville portuaire Cotonou qui représente le centre économique, politique et culturel. Les pays frontaliers du Bénin sont le Togo, le Burkina Faso, le Niger et Nigéria. Aujourd’hui, le pays compte environ 11.4 millions d’habitant.es. En plus de la langue officielle, le français, 54 autres langues sont recensées au Bénin. Il est indiqué que 38% de la population béninoise savent lire et écrire. Le Bénin est considéré comme berceau de la culture vaudou célébrée par un jour férié national le 10 janvier. La plupart de la population est de foi chrétienne avec 48.5%, suivi par l’islam (27.7%). Officiellement, 11.6% indiquent pratiquer le vaudou. Le Bénin est aussi souvent nommé le « quartier latin de l’Afrique ».

Economie et gouvernement

Après l’indépendance en 1960, le Bénin connut nombre de coups d’État. En 1974, pendant la guerre froide, la République du Dahomey s’est tournée vers le marxisme-léninisme et devint la République populaire du Bénin,un an plus tard. Le revirement a eu lieu en 1989/1990 avec l’effondrement de l’Union soviétique. Une conférence nationale a permis d’impulser un nouveau départ avec l’introduction du système multipartite. La constitution béninoise est considérée comme exemplaire dans la région. Elle n’a pas été modifiée depuis près de 30 ans. En 2016, une alternance démocratique porta au sommet de l’Etat l’entrepreneur Patrice Talon. Il a gagné sa fortune, estimait à 400 millions d’euros en 2015 selon le magazine économique « Forbes », grâce entre autres au commerce du coton. Talon a été la cible de nombreuses critiques pour n’avoir admis que deux partis proches du gouvernement aux élections législatives du 28 avril. Les cinq partis d’opposition n’ont pas été placés sur le bulletin de vote. À Cotonou, il y eut des manifestations après l’élection, des magasins furent vandalisés et des pneus incendiés. Le Bénin occupe la 96e place (sur 180) au classement mondial de la liberté de la presse. Il est également indiqué que l’opposition n’est souvent pas assez considérée dans les médias. 

Le Bénin a occupé la 163e place sur 188 dans le classement par indice de développement humain ou IDH conduit par les Nations Unies. En 2015, presque une personne sur deux vivait en-dessous du seuil de pauvreté (49.5%) comparé à 2011 (53.1%). Le chiffre ne s’est amélioré que légèrement. Pourtant en 2018, le Bénin a enregistré un taux de croissance de 6.9%. Le produit intérieur brut (PIB) était de presque 10.4 milliards de dollars américains et peut être expliqué par le partage suivant : le secteur tertiaire a joué la plus grande partition avec 51.1% , l’agriculture 26.1% et l’industrie 22.8%. Les transferts de fonds effectués par des personnes immigrées s’élevaient à environ 368 millions de dollars US en 2018, soit 3.6% du PIB. Le Bénin a un bilan d’échange commercial négatif et dépend de l’export de coton et par conséquent des prix mondiaux fluctuants. Le port de Cotonou, qui génère plus de 60% du PIB, est particulièrement important pour l’économie. Il est prévu que son activité soit étendue à partir de 2020. Le gouvernement a estimé le plan d’investissement à hauteur de 450 millions d’euros. Dans la région, le port est surtout connu pour son grand centre de transbordement pour les voitures d’occasion en provenance d’Europe et des États-Unis. Toutefois, le port est en concurrence avec celui de Lomé au Togo. De façon générale, l’économie béninoise est extrêmement dépendante du pays voisin, le Nigeria. Quand des crises y surviennent ou, comme en 2016, une récession, les structures et marchés béninois se retrouvent particulièrement sensibles aux effets. Pour les commerçants de l’Afrique de l’Ouest, le marché de Danktokpa de Cotonou, l’un des plus grands de la région, est important. Selon l’indice de corruption de Transparency International, le Bénin se classe à la 85e position sur 180. 

Le Bénin reste néanmoins politiquement stable. Cependant, la crainte que le pays ne devienne une autocratie sous Talon est grandissante. Il est dit qu’il a pour modèle le Rwanda, où Paul Kagame règne depuis 2000. De plus, en mai 2019, dans le parc national de la Pendjari, au nord du pays, deux touristes français ont été enlevés et leur guide touristique béninois a été assassiné. On craint de plus en plus que des groupes terroristes du Sahel – actuellement principalement via le Burkina Faso – ne s’étendent encore vers la côte. 

Les mouvements migratoires 

Le Bénin a longtemps été considéré comme un pays d’émigration classique. Diverses études, publiées entre 2006 et 2012, ont estimé qu’entre 412 000 et trois millions de Béninois vivent à l’extérieur du pays, bien que l’on puisse supposer que les chiffres soient plus élevés. Selon le professeur John Igue, géographe, professeur d’université et ancien ministre de l’industrie du Bénin, le pays devient de plus en plus un pays d’immigration, de sorte que selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), 2.3% de la population béninoise sont aujourd’hui des migrant.es. Selon d’autres estimations, par contre, le nombre diminuerait (183.700). Environ trois quarts des migrants.es viennent des pays voisins comme le Nigeria, le Togo et le Niger.

Ces dernières décennies, cependant, les Togolais.es sont venu.es au Bénin non seulement en raison des opportunités économiques, mais aussi pour échapper aux crises politiques. En fait, depuis août 2017, la répression contre les opposant.es politiques et les militant.es de la société civile s’est intensifiée au Togo. Suite à des émeutes locales à Cobly, dans le nord du pays, en juillet 2018, plus de 1500 personnes ont été déplacées à l’intérieur du pays.

En direction de l’Afrique du Nord, le Bénin reste un pays de transit attractif. Contrairement aux villes nigérianes comme Lagos ou Port Harcourt, il existe un réseau de transport en commun, principalement des bus, vers Niamey, la capitale du Niger. Les trajets à l’intérieur de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) sont rendus possibles par le Protocole sur la libre circulation et séjour des personnes (Protocol on Free Movement of Persons, Residence, and Establishment, en anglais), ratifié en 1979. Bien que, normalement, un passeport de la CEDEAO soit nécessaire pour passer la frontière entre le Nigeria et le Bénin, une petite somme d’argent (entre un et trois euros) permet de passer la frontière au moins au point de contrôle de Seme, dans l’extrême sud. Certaines autorités frontalières soulignent qu’il s’agit d’une taxe. Cependant, cela n’est souvent pas clair.

Le passage de douane de Seme est le plus important entre le Bénin et le Nigéria. Il a été pendant de nombreuses années un chantier de construction qui ne disposait d’aucun équipement technique, tel que du matériel de prise d’empreintes digitales. Toutefois, les travaux ont été achevés en octobre 2018. Jusqu’à présent, des empreintes digitales n’étaient pas prises aux frontières du Bénin – du moins pas à Igolo au nord de Porto Novo, ni à Hillacondji, à la frontière avec le Togo. A Hillacondji, par contre, l’extension du point de passage est remarquable, car non seulement la route est en cours de rénovation, mais un long mur est apparemment aussi en cours de construction. A l’aéroport international Cardinal Bernardin Gantin à Cotonou, des appareils de lecture pour les passeports, ainsi que des lecteurs d’empreintes digitales sont à disposition des douaniers. Les cartes d’entrée, qui sont pourtant monnaie courante presque partout sur le continent, n’ont pas eu besoin d’être remplies depuis longtemps.

Actuellement, 1.223 réfugié.es vivent dans le pays parmi lesquel.les 961 sont originaires de la République Centrafricaine et 161 de la Côte d’Ivoire.

Toutefois, le nombre de Béninois.es souhaitant atteindre l’Europe par voie terrestre reste faible. En 2018, 508 demandes d’asile ont été déposées dans les États membres de l’UE, aux États-Unis, au Canada, au Brésil, au Maroc, en Algérie et en Afrique du Sud. En Allemagne, il y en eut 108, dont 81 ont été rejetées vers la fin de 2018. Le quota d’accueil dans le monde était de 4.4% en 2018 et continue d’être en baisse depuis. Contrairement à beaucoup d’autres pays, le Bénin n’a pas de lois discriminatoires à l’égard des homosexuel.les. Cependant, les relations homosexuelles sont loin d’être socialement acceptées. L’Allemagne ne classe pas le Bénin parmi les pays d’origine sûrs, contrairement à la France, ancienne puissance coloniale. En 2010, la France et le Bénin ont signé un accord bilatéral de réadmission qui est entré en vigueur depuis. Des accords similaires existent entre la France et c d’autres anciennes colonies, comme le Burkina Faso et le Cameroun.

D’autres pays sont, en revanche populaires dans la région auprès des travailleur.euses migrant.es comme par exemple le Gabon, le Nigéria (avec près de 380.000 Béninois.es) et la Côte d’Ivoire qui, selon le rapport « Développement économique en Afrique » de 2018 de la Conférence des Nations Unies pour le commerce et le développement (CNUCED), est le pays d’immigration par excellence en Afrique francophone. Les nombreuses correspondances aériennes vers Abidjan en témoignent largement. Le trafic aérien vers l’Afrique centrale, comme vers le Gabon et la République démocratique du Congo ainsi que le Congo-Brazzaville, a également été développé.

En 2009, le Bénin et le Nigeria ont signé un accord bilatéral de lutte contre la traite humaine car Cotonou est souvent compris dans les itinéraires de la traite. Il s’agit notamment de poursuivre les auteur.es allégué.es et de rapatrier les victimes. Un nouvel accord contre la traite des enfants signé avec la République démocratique du Congo a suivi en 2011. Depuis 2005, il existe également un accord entre neuf pays d’Afrique de l’Ouest pour se soutenir mutuellement dans la lutte contre la traite des enfants (Accord multilatéral de Coopération en Matière de Lutte contre la Traite des Enfants en Afrique de l’Ouest). En avril 2019, Interpol a annoncé avoir libéré 220 personnes au Bénin et au Nigeria de la traite des êtres humains.

Le Bénin a également signé les accords suivants : OIT Convention relative à la migration pour l’emploi (ILO Migration for Employment Convention), Convention relative au statut des réfugiés (Refugee Convention 1962), Protocole relatif au statut des réfugiés (Refugee Protocol 1970), OIT Convention relative aux travailleurs migrants (ILO Migrant Workers Convention 1980), Convention relative aux droits de l’enfant CNUDE (1990), Convention des Nations Unis relative aux travailleurs migrants (UN Migrant Workers Convention 1990), Protocole des Nations Unies relatif à la traite des personnes (Human Trafficking Protocol 2004), Protocole relatif à la contrebande de migrants (Migrant Smuggling Protocol 2004).

Les Projets de l’Union Européenne (UE)

La coopération entre l’UE et le Bénin repose sur le programme indicatif national (National Indicative Programme) 2014 – 2020, qui fait partie de l’actuel Fonds européen de développement pour l’Afrique. Elle soutient la bonne gouvernance avec 184 millions d’euros et le développement durable dans l’agriculture avec 80 millions d’euros. Un montant supplémentaire de 80 millions d’euros est destiné à l’amélioration de l’accès à l’approvisionnement énergétique. L’aide à la société civile s’élèvera à 18 millions d’euros supplémentaires. Le montant de l’ancien Fonds de développement de l’UE avec des priorités similaires s’élevait à 380,37 millions d’euros.

En général, le Bénin est un pays favori de la coopération européenne au développement depuis des décennies en raison notamment de sa stabilité politique. L’agence de coopération internationale allemande (Gesellschaft für internationale Zusammenarbeit, GIZ) est présente sur le terrain depuis près 40 ans et compte, selon ses propres chiffres, 360 employés (nationalement, internationalement, travailleur.euses sociaux.les). Il existe de nombreuses autres coopérations publiques et privées.

Ces dernières années, il y eut un certain nombre de projets sur la migration, en particulier au niveau régional. Au début, l’objectif principal était de collecter des données manquantes. Un autre objectif fixé – avec le Mali, le Cameroun et le Sénégal – a été le programme de Partenariat pour la gestion de la migration de main-d’œuvre (Partnership for Labour Migration Management), qui a été lancé en 2009 dans le cadre du partenariat UE-Afrique. Dans cette dynamique, des offres d’emploi internationales devaient être rendues publiques et une meilleure interconnexion devait être instaurée entre les pays d’Afrique de l’Ouest. 

Les ONG et la société civile

La migration est omniprésente au Bénin. Les familles sont fières quand un de leurs enfants étudie ou travaille en Europe. Des manifestations et des campagnes de sensibilisation aux risques de la migration terrestre sont régulièrement organisées. Cependant, ce problème n’est apparemment pas autant pris en charge qu’il ne l’est dans d’autres ONG dans des pays comme le Sénégal et le Mali.

En 2006, le cinéaste franco-béninois Sylvestre Amoussou a remporté un succès international avec « Africa Paradis ». Le film satirique, dont l’action se déroule en 2033, renverse les développements actuels. Un couple tente d’immigrer dans le pays fictif des « États-Unis d’Afrique » et fait face à d’énormes difficultés d’entrée et à la discrimination. Cela montre que la migration a été une thématique pertinente dans le pays depuis de nombreuses années.

Intérêts économiques et armement

Le Bénin fait partie de l’initiative « Compact with Africa » créée en 2017 dans le cadre de la présidence allemande du G20 et pourrait devenir un lieu d’investissement de plus en plus intéressant pour les partenaires internationaux. La politique du Président Patrice Talon en faveur des entreprises y contribue également, avec son programme « Bénin Révélé » qui vise à mettre en œuvre 45 mesures d’infrastructure de base dans neuf secteurs. Des ONG et la population la plus précaire estiment cependant que ces mesures sont socialement très déséquilibrantes et qu’elles ne bénéficient pas à la grande majorité de la population.

Le Bénin abrite le Centre multinational de coordination maritime (MMCC, Multinational Maritime Coordination Center) de la CEDEAO. En 2013, l’UE a fourni 4,5 millions d’euros au programme de routes maritimes à haut risque dans le Golfe de Guinée (CRIMGO). 

Les exportations d’armes vers le Bénin n’y jouent aucun rôle.

La migration en chiffres 

2018 : 508 demandes d’asile (mondialement), quota d’accueil 4.4%

2018 : 108 demandes d’asile (Allemagne), quota d’accueil 0%

2006 – 2013 : entre 411.808 et trois millions de Béninois.es vivent hors du Bénin

2019 : 1.223 personnes réfugiées au Bénin

2013 : entre 183.700 et 262.200 personnes migrées au Bénin

2018 : envois de fonds d’un montant de 368 millions de dollars US soit 3.6% du PIB

2010 : signature des accords informels en référence de migration avec la France « Joint Migration Management »

Accords de réadmission formels avec la France

Coopération avec Frontex existante à travers la communauté d’intelligence africaine, African Intelligence Community

Pas de centres de détention connus

Depuis 1990, le délit de sortie illégale est passible d’amende et d’emprisonnement jusqu’à six mois de détention

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