Côte d‘Ivoire

La pression de la jeunesse s‘accroît

de Katrin Gänsler

Informations générales

En 1960, l’ancienne colonie française est devenue indépendante. Aujourd’hui, la Côte d’Ivoire compte 25 millions d’habitant.es. Bien que Yamoussoukro soit la capitale politique, la ville d’Abidjan est le centre économique et social du pays. Les autres grandes villes sont San Pedro, Korhogo et Bouaké. Les pays limitrophes sont le Libéria, la Guinée, le Mali, le Burkina Faso et le Ghana. Le plus grand groupe ethnique du pays est formé par les Akan. Environ 42% des habitant.es sont de confession musulmane, les autres étant soit de confession chrétienne soit d’une religion naturelle. À côté de la langue officielle, le français, 86 dialectes sont parlés. Le taux d’alphabétisation est de 57%. 

Gouvernement, économie et conflits

Félix Houphouët-Boigny fut le premier président de la Côte d’Ivoire : il gouverna de 1960 jusqu’à sa mort, en 1993. Dans les années qui ont suivi sa mort, le pays a été en proie à une instabilité croissante. En septembre 2002, le coup d’Etat militaire a enclenché une guerre civile d’environ cinq ans. Un traité de paix a été signé en 2007 à Ouagadougou. 

Mais, trois ans plus tard, l’élection présidentielle a causé une nouvelle crise gouvernementale et fait entre 1.200 et 3.000 victimes. Après le second tour, le président actuel, Alassane Ouattara, et son concurrent, Laurent Gbagbo, ont tous deux revendiqué la victoire. La communauté internationale a reconnu la victoire d’Alassane Ouattara mais Laurent Gbagbo a refusé de céder le pouvoir. Il a par la suite été arrêté et inculpé de quatre charges de crimes contre l’humanité par la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye. Il a finalement été acquitté et libéré en 2019. 

On retrouve aujourd’hui dans le paysage politique ivoirien de nombreuses personnes qui ont occupé des postes-clés pendant la guerre civile de 2010-2011. En 2015, Ouattara a été réélu lors d’une élection boycottée par l’opposition. 

Selon Reporters sans frontières, le pays occupe la 71e place sur 180 en termes de liberté d’expression et de liberté de la presse. L’association dénonce notamment la détention arbitraire de journalistes et leur emprisonnement par les services de renseignement du pays. 

La Côte d’Ivoire est le premier producteur mondial de cacao et représente, avec 1,4 millions de tonnes, 30% à la production mondiale. Bien que la transformation du cacao sur le territoire national progresse, les fèves non-transformées restent un bien commercial d’exportation. Au total, l’agriculture représente 20,1% du PIB, l’industrie 26,6% et le secteur tertiaire 53,3%. 

Ces dernières années, la Côte d’Ivoire s’est placée dans le peloton de tête de plusieurs classements comparant la croissance des pays africains, tel que celui publié par la Fondation Mo-Ibrahim.

En 2018, le PIB a augmenté de 7,4%, à 43 milliards de dollar. En 2018, le transfert d’argent des migrant.es, d’un total de 363 millions de dollars, représentait 0,8% du PIB. L’index de développement des Nations Unies place la Côte d’Ivoire à la 170e place sur 188 pays. Sur la liste établie par Transparency International concernant la corruption, le pays se trouve à la 105e place sur 180. 

Malgré les bonnes prévisions économiques actuelles, une nouvelle crise n’est pas exclue dans le pays, notamment lors la prochaine élection présidentielle en octobre 2020. Depuis 2018 déjà, l’élection est au cœur des débats et les partis se livrent une lutte sans merci. Lors de l’élection de 2015, le chômage de la jeunesse était considéré comme une possible poudrière. Environ une personne de moins de 25 ans sur deux n’a pas d’emploi fixe en Côte d’Ivoire. Bien que des investissements dans les infrastructures aient été réalisés à Abidjan, des bandes de jeunes, les « microbes », se sont constituées dans les quartiers les plus densément peuplés comme Yopougon. De nouvelles mutineries au sein de l’armée ne sont pas non plus à exclure. Certaines ont eu lieu en 2017 à Bouaké et Abidjan en réaction à l’extorsion de paiements spéciaux pour une partie des soldat.es, qui n’ont finalement pas été payés. 

Mouvements migratoires

La Côte d’Ivoire est considérée comme une destination de choix pour les migrant.es. Elle a une tradition de pays d’immigration, notamment pour les migrant.es du Burkina Faso venu.es y travailler. Selon le recensement de 1998, les 3,4 millions Burkinabé.es sont de loin le plus grand groupe parmi les non-Ivoirien.nes. D’autres estimations donnent un chiffre d’environ 1,3 millions de personnes burkinabées vivant aujourd’hui en Côte d’Ivoire. Depuis plusieurs décennies, beaucoup habitent dans le pays et travaillent dans la culture du cacao. Les Burkinabé.es sont considéré.es comme une main d’œuvre-bon marché mais moins bien formée que les travailleur.euses ivoirien.nes. La plupart d’entre eux et elles travaillent dans le secteur informel et ont donc peu accès aux droits civils et politiques.

A partir des années 90, sous le mandat d’Henri Konan Bédié et avec le développement du concept d’ivoirité, le racisme a progressé. Le président actuel, Alassane Ouattara, a par exemple été exclu des élections en 1995 à cause de l’origine supposément burkinabée de ses parents. Selon Arsène Brice Bado, politologue au Centre de Recherche et d’Action pour la Paix dans la métropole économique d’Abidjan, la question de nationalité demeure aujourd’hui très problématique en Côte d’Ivoire. 

Selon diverses statistiques allant de 1998 à 2006, jusqu’à 7,8 millions d’immigré.es pourraient habiter la Côte d’Ivoire. Néanmoins, la Banque mondiale estime ce chiffre à seulement 2,4 millions de personnes et l’UE à 2,2 millions. La Division de la population du Département des affaires économiques et sociales des Nations Unies estime que de nombreux.ses migrant.es sont retourné.es dans leur pays d’origine pendant les crises. En 2015, le consulat français à Abidjan évaluait à 19.500 le nombre de Français.es dans le pays (3.000 n’étant pas enregistré.es), dont 59% ayant la double nationalité. 

Selon l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR), il y aurait 1.961 réfugié.es en Côte d’Ivoire, dont 928 (soit 47,3%) d’origine libérienne. 

La ville de Daloa, au centre du pays, est considérée comme le principal centre d’émigration. Selon diverses estimations, environ 832.600 à 1,2 millions Ivoirien.nes vivraient aujourd’hui à l’étranger. Silvère Yao Konan, de l’Université Félix Houphouët-Boigny, explique que la France, ancienne puissance coloniale, reste la première destination en Europe –choisie par 26% des immigré.es en 2009. La majorité des immigré.es (au moins 65%) reste au moins cinq ans à l’étranger. Selon l’UE, environ 80.000 Ivoirien.nes ont un permis de séjour sur le territoire européen. 7.000 nouveaux permis de séjour sont délivrés chaque année. En l’Afrique de l’ouest, la grande majorité des Ivoirien.nes migre vers le Burkina Faso (544.030 personnes).

L’UNHCR estime que, dans les premiers huit mois de l’année 2019, un total de 2.348 Ivoirien.nes sont arrivé.es en Europe par la Méditerranée (ce chiffre n’inclut pas les arrivées en Espagne). Ils et elles représentent 4,7% des migrant.es arrivant par cette route et la Côte d’Ivoire occupe la 3e place des pays d’origine des migrant.es traversant la Méditerranée. 

Le nombre de demandes d’asile ivoiriennes augmente : alors qu’on enregistrait 7.712 demandes en 2015, le chiffre a grimpé à 9.792 en 2018, avec un taux d’admission de 13,3%. 677 demandes ont été déposées en Allemagne (taux d’admission de 5,5%). En 2017, 6.795 Ivoirien.nes sans papiers ont été enjoint.es à quitter l’UE. Néanmoins, le taux effectif de rapatriement n’a été que 3%.

De nombreuses demandes de visa ont également été refusées. Selon le rapport de Frontex, environ 25.000 visas pour l’espace Schengen ont été accordés en 2014, tandis que le taux de refus était de 28%. Selon l’UE, il y a eu 56.465 demandes en 2017. 38.481 ont été acceptées tandis que le taux de refus était de 30,5%. 

Selon ses propres déclarations, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a aidé 5.250 Ivoirien.nes dans leur processus de retour volontaire vers la Libye, le Niger et le Maroc au cours des trois années dernières. Parmi les expulsé.es ivoirien.nes, 2.000 personnes ont été soutenu.es financièrement dans leur départ. L’OIM a aussi organisé des formations professionnelles pour les migrant.es rentré.es dans leur pays d’origine. 

Depuis 2015, la migration vers l’Europe fait l’objet de vifs débats en Côte d’Ivoire. La perte d’attractivité des pays voisins, comme le Burkina Faso, le Mali et la Guinée, explique que l’Europe devienne la principale destination pour les jeunes Ivoirien.nes. Du fait de la situation économique, les perspectives d’emploi dans les pays voisins sont parfois pires qu’en Côte d’Ivoire. En outre, les jeunes Ivoirien.nes ont souvent un niveau plus élevé d’éducation et de formation, ce qui explique que les pays voisins ne soient pas choisis pour une migration de type économique. Au cours des dernières années, des interventions pour informer et sensibiliser la jeunesse ivoirienne aux dangers de la migration par voie terrestre ont été organisées, entre autres, par la Direction Générale des Ivoirien.nes de l’Extérieur (DGIE), qui appartient aux Ministère de l’Intégration Africaine et des Ivoirien.nes de l’Extérieur (MIAIE).

Engagement de l’UE et coopération

En 2017, le 5e sommet de l’Union africaine (UA) et de l’UE a eu lieu à Abidjan ; les thèmes de la migration et de l’exil étaient au centre des discussions. 

Lors du sommet de La Valette en novembre 2015 à Malte, ces thèmes avaient déjà fait l’objet de discussions. Cinq mois plus tard, une réunion avait été organisée à Abidjan entre le ministre des affaires étrangères ivoirien, Abdallah Albert Toikeusse Mabri, et son homologue des Pays-Bas, Bert Koenders -les Pays-Bas occupaient alors la présidence tournante de l’Union européenne. L’UE estimait que la Côte d’Ivoire manquait d’une stratégie nationale sur la politique de migration, une telle stratégie devant fonder la future coopération entre l’UE et la Côte d’Ivoire et permettre de mettre en œuvre la réalisation des objectifs fixés lors du sommet de La Valette. 

Au nom l’UE, Koenders a négocié avec la Côte d’Ivoire une convention pour lutter contre la migration illégale. L’objectif était de développer une stratégie efficace pour un retour systématique des migrant.es en Côte d’Ivoire. La convention visait aussi à « décourager les migrant.es de risquer leurs vies ».

Le 11e Fonds européen de développement (FED) prévoit d’allouer 273 millions d’euros à la Côte d’Ivoire pour la période 2014-2020, répartis dans 3 secteurs : le renforcement de l’Etat et la protection de la paix ; l’agriculture, le secteur de l’énergie. Avec 139 millions d’euros, ce dernier secteur recevra la plus grande partie des financements. Pour le Fonds fiduciaire d’urgence de l’UE pour l’Afrique, la Côte d’Ivoire ne constitue pas un pays prioritaire. 

En 2009 déjà, la Côte d’Ivoire avait introduit des passeports biométriques. L’entreprise SNEDAI, également responsable de la délivrance des pièces d’identité, est en charge de délivrer ces passeports biométriques en partenariat avec la société Zetes, fondée en 1984. Les deux entreprises sont également en charge du visa biométrique, introduit en 2013, qui peut aussi être demandé et payé en ligne. Ce visa est délivré au moment de l’entrée en Côte d’Ivoire et collé dans le passeport, une opération qui n’est possible qu’à l’aéroport Félix Houphouet Boigny à Abidjan. 

Le contrôle des frontières terrestres demeure – du moins pour les pays frontaliers du Libéria et de la Guinée – difficile voire impossible. Pendant et après la crise de novembre 2010 autour des élections, des partisans.es de l’ancien président Gbagbo pouvaient par exemple toujours s’enfuir vers la frontière libérienne. Du fait des forêts denses et de l’absence de routes goudronnées, la région est difficile à contrôler. Les pistes sont par endroits difficilement praticables, surtout pendant la saison des pluies. Selon un garde-frontière ivoirien interrogé en octobre 2011, les habitant.es franchissent rarement les points de passage officiels mais empruntent plutôt ces zones de verdure. 

Depuis son indépendance, la Côte d’Ivoire a signé (entre autres) les conventions suivantes : Convention de Genève relative au statut des réfugiés (Refugee Convention, 1961), Protocole relatif au statut des réfugiés (Refugee Protocol, 1970), Convention relative aux droits de l’enfant (Convention on the Rights of the Child, 1991) et Protocole des Nations unies contre la traite des personnes (Human Trafficking Protocol, 2012).

La Côte d’Ivoire coopère également avec Frontex dans le cadre de l’African Intelligence Community.

ONG et société civile

Plusieurs ONG travaillent sur le thème de la migration en Côte d’Ivoire. Certaines mères de migrant.es prennent aussi publiquement la parole pour parler des risques causés par l’émigration « sans papiers » -comme on appelle souvent la migration par voie terrestre. Certaines organisations sont actives depuis plus de 10 ans en Côte d’Ivoire. Des discussions sont organisées avec les familles et les jeunes – la part de la population la plus tentée par l’émigration – et des conférences sont organisée à Abidjan par les organisations de jeunesse. 

Intérêts économiques et armement

En raison de la stabilité politique des dernières années, de la croissance économique et des investissements dans les infrastructures (surtout à Abidjan), la Côte d’Ivoire est désormais considérée comme un centre économique attractif. Elle représente la deuxième force économique de l’Afrique de l’ouest après le Nigéria. 40% de ses exportations de marchandises se font vers l’UE, avec qui la Côte d’Ivoire a conclu un accord commercial en 2008 (APE, Accord de partenariat économique). Depuis 2016, la Chine est devenu le principal importateur de produits ivoiriens. 

Selon l’Office des Affaires étrangères, l’Allemagne exportait pour 211 millions d’euros de marchandises vers la Côte d’Ivoire en 2018 et importait à hauteur de 981 millions d’euros. Le cacao brut constitue le principal produit d’importation. 

Au cours des vingt dernières années, l’exportation d’armes de l’Allemagne vers Côte d’Ivoire est restée relativement faible. Des exportations d’armes pour une valeur de 341.896 euros ont cependant été autorisées en 2016. 

La migration ivoirienne en chiffres

2018: 9.792 demandes d’asile (dans le monde entier) pour un taux d’admission de 13,3%

2018: 677 demandes d’asile (en Allemagne) pour un taux d’admission de 5,5% 

2019: 1.961 réfugié.es en Côte d’Ivoire 

2019: entre 2,4 et 7,8 millions de migrant.es en Côte d’Ivoire 

2019: la Côte d’Ivoire est le premier pays de migration dans l’Ouest de l’Afrique 

2018: les transferts d’argent de l’étranger représentent 363 de millions de dollar, soit 0,8% du PIB

Accord de réadmission avec l’Italie 

Coopération avec Frontex via l’African Intelligence Community 

 

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